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| 22/02/2001
Fred Mortagne
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Interview d'un petit réalisateur lyonnais, qui s'est retrouvé derrière l'une des plus grosses productions vidéo de dernier millénaire. |
Fred Mortagne filme depuis un moment, et si on remonte un peu en arrière, à l'époque, il était le seul en France à tourner des images pour en faire quelque chose. On se rappelle tous des vidéos lyonnaises et des rétrospectives dans 411. Un élan de motivation pour tous les riders qu'il côtoyait, comme de la scène skate en général, un peu partout en Europe. Depuis, nombreux sont ceux qui ont suivi son exemple et se sont lancés à filmer et à réaliser des vidéos. Depuis, la qualité des images et des productions vidéos en Europe ont gagné en qualité, et on pourrait se demander si les choses auraient été pareilles sans lui. Interview d'un petit réalisateur lyonnais, qui en quelques années, s'est retrouvé derrière l'une des plus grosses productions de skate de ce dernier millénaire.
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Comment t'es tu retrouvé derrière la réalisation de la vidéo MENIKMATI ? Avais-tu carte blanche pour cette vidéo ?
J'avais d'abord rencontré Ruedi Matter, qui m'a ensuite présenté à Pierre-André à Glissexpo hiver 97. Je lui ai montré la vidéo que je venais de terminer, " Greetings from Europe ", ça lui a plu, et il m'a directement branché sur un projet de vidéo européenne, qui est tombé à l'eau en cours de réalisation.
Pourquoi ?
Eh bien je sentais que beaucoup de skaters européens manquaient de motive pour tourner cette vidéo. Beaucoup s'en foutaient un peu et ça n'était donc pas du tout un plaisir de travailler dans ces conditions. À un moment j'en ai eu vraiment trop marre et j'ai pris la décision d'arrêter ce projet puisque de toute façon, la qualité n'aurait pu être au rendez-vous.
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Et c'est à ce moment-là qu'ils t'ont confié le projet MENIKMATI ? En fait, j'ai eu beaucoup de chance. Au même moment, je savais qu'ils étaient décidés à mettre la vidéo en route, mais ils n'avaient personne pour la faire. Moi j'étais disponible, mais au début ils n'étaient pas chauds pour me confier le projet, je n'avais jamais réalisé de vidéo de cette envergure auparavant, mais j'ai continué de leur montrer ce que je faisais, ils hésitaient, j'insistais, puis ils ont fini par accepter, je n'arrivais pas à y croire. Je n'avais pas carte blanche, ce que je ne voulais pas de toute façon. Ce n'était pas ma vidéo mais celle d'une marque, donc je ne pouvais pas risquer de partir sur mes délires et de me retrouver en complet décalage avec l'image de la marque. Mais tout c'est bien passé, j'avais quand même beaucoup de contrôle, on ne m'a rien imposé...
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Ça ne t’ennuyait pas de quitter l’Europe ?
Non, l’Europe ne m’intéressait plus tellement. Pour filmer les meilleurs skaters, il faut aller aux US, il n’y a pas de secrets.
Mais ça ne t’intéressait pas d’essayer de faire évoluer les choses chez nous ?
Je pense que j’ai quand même pu aider certains skaters comme JB et Stéphane Larance. Mais de toute façon, j’avais pas trop envie de monter une boîte et j’en avais marre de bosser en Europe, principalement à cause de la vidéo Sole Tech qui est tombée à l’eau. Les mecs sont beaucoup plus motivés aux U.S.
Pourquoi ?
La culture est très différente là-bas. Déjà, le skate fait vraiment partie de leur culture et il y a beaucoup de pros qui vivent bien du sk8. Les kids ont donc des exemples leur montrant que le sk8 peut t’apporter un vrai métier. Tu vois même parfois des parents accompagner leurs enfants dans les skateparks pour essayer de leur trouver un sponsor. Ensuite tu as la mentalité américaine et surtout californienne qui est basée sur la performance. Il faut être le plus beau, le plus riche, le plus fort… En Europe, on skate plus pour le fun, en Calif, ils skatent pour la performance.
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Et tu aimes cette mentalité ?
Non, je déteste. La Californie, ça pue vraiment. Tu n’as le droit de rien faire, tout est superficiel. Mais bon, pour filmer du bon sk8, il faut reconnaître que cette mentalité t’apporte plus de productivité, et puis j’aime mon métier.
Quel œil ont porté tous les ricains de SOLE TECH quand ils t’ont vu débarquer ? Ça devait les faire chier de voir un petit Français chargé de faire leur vidéo…
Tout le monde croit que ES est une boîte ricaine mais c’est une société 100 % française ou du moins européenne. Les bureaux sont là-bas, mais la marque a été créée en France, le patron, Pierre-André, est français. Le designer est français, les types du marketing sont français. Le directeur marketing est anglais, le directeur artistique également, le responsable du site web et le styliste de la wear sont hollandais.
L’autre fois, un truc dingue est arrivé. Ils venaient d’embaucher un nouveau gars dans le bureau à côté du mien. Ils me le présentent en me disant qu’il était français. On s’est regardé bizarrement comme si on s’était déjà vu et une minute plus tard, le gars me rappelle qu’on était à la maternelle ensemble à Lyon, dans l’école juste devant mon immeuble. C’est barje non ?
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Peux-tu nous raconter ta journée type pour le tournage ?
Aux states, conduit, skate un peu, essaye de filmer, se fait virer, reconduit, reste un peu, réessaye de filmer, se refait virer, stress, rereconduit, rereskate, filme un petit quelque chose, se rerefait virer, stress, stress, stress !!!
En Europe, skate, filme plein de trucs, conduit un tout petit peu, refilme plein de trucs, bonne journée tous les jours.
On a pu remarquer des innovations au niveau des plans, c’était important pour toi d’avoir ta touche personnelle, de changer par rapport à ce qu’on voit d’habitude ?
Cela avait une importance capitale d’apporter une touche personnelle et différente. La vidéo devait avoir sa propre identité, ne pas trop ressembler aux autres, essayer d’apporter quelque chose de nouveau, qui capterait l’attention du public.
Et puis c’était important pour moi, car la vidéo serait une vitrine de mon travail, cela me permettrait de me faire connaître au niveau international, mais donc je n’avais pas le droit à l’erreur, ce qui aurait été néfaste pour la suite de ma carrière, il y avait donc de quoi avoir la pression, mais en fait ce ne fût pas vraiment le cas, tout ce passait bien, on avait presque tout le temps qu’on voulait, cela prendrait le temps qu’il faudrait, et puis toutes les conditions étaient réunies pour faire une vidéo mortelle, si on s’était planté, on aurait été des gros loosers ! ! !
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Est ce que ces nouveaux plans t’ont demandé un matériel spécial, un travail plus difficile ? Est ce que tout le monde te faisait confiance ?
Les plans sur lesquels j’ai le plus innové sont les travellings filmés au zoom, ça donne une autre dimension, il se passe plein de trucs dans l’image, on voit le spot sous des angles différents, le décor tourne, y a pas de quoi s’ennuyer. Je n’ai utilisé aucun matériel spécial pour réaliser ces plans, juste ma caméra et mon skate. D’ailleurs j’ai entendu des gens dire, " ils ont dû utiliser un steadycam, ou un vrai travelling de cinéma ", ça m’a fait plaisir. En fait, je filmais dans une direction tout en skatant dans une autre, et cela en regardant dans le viseur de la caméra. Comme ça paraît un peu complexe, technique, je m’étais pas mal entraîné. Ça devient dur quand le flat n’est pas parfaitement lisse, parce que là, quoi qu’il arrive, ça te fait bouger. Mais je crois que ce ne fût pas les plans les plus durs à réaliser. Par contre c’est clair qu’au début ça faisait flipper les riders, ils avaient peur que je foire le plan. Je me rappelle quand Koston essayait le nollie flip noseslide sur le handrail de nuit, il me disait " t’es sûr que tu veux vraiment filmer ce trick comme ça, parce que là c’est un trick important et je le ferais pas deux fois, y’a pas le droit à l’erreur ". Mais j’étais sûr de moi, lui a fait son trick parfaitement, et quand on a regardé le résultat, tout le monde était content, le résultat était parfait, super esthétique.
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Quels ont été tes plus gros soucis pour le tournage ?
En fait le plus relou, c’était de se faire virer dix fois par jour par tous ces nazis de ricains, et à ce rythme-là, on ne filmait pas grand-chose dans la semaine, alors on attendait les week-ends avec impatience, qui n’étaient d’ailleurs pas toujours fantastiques. Il fallait faire également avec les emplois du temps chargés des riders, plus les blessures. Y’avait aussi Creager qui ne voulait jamais filmer, et la situation devenait vraiment critique, j’ai même cru qu’il ne serait pas dans la vidéo du tout. Et puis un mois avant la fin, il est venu au bureau avec une cassette et toutes les images qui sont dans sa part, c’était ouf parce que pendant presque un an et demi, on n’avait rien eu de lui, c’était presque sans espoir. Ah oui, et puis jusque qu’à ce que l’on fasse développer les deux pellicules 16mm que j’avais shooté de l’hélicoptère au-dessus de Rio de Janeiro, j’ai cru que j’avais tout foiré. Les conditions étaient horribles, j’ai eu des problèmes de pellicule, c’était un vrai cauchemar, j’étais complètement déprimé, surtout qu’on avait dû le faire deux fois… Et puis les films sont revenus du labo, et là le gros soulagement, en me rendant compte que j’avais eu beaucoup de chance ; tout, 5m30 sur 6 minutes, sauf les 30 dernières secondes, avec le plan qui se termine parfaitement à la fin de la bobine ! ! ! Vous pouvez appeler ça de la chance ou de la réussite, c’est vous qui voyez.
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Quels sont tes projets après un tel travail ?
Maintenant je vais terminer la vidéo Flip. D’ailleurs il y aura des images récentes de Tom que j’ai filmé récemment en France, donc ça complétera mon travail de Menikmati. Après, on verra plus tard.
Mamat & Phil Tremsal.
Skate@team.agoride.com
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