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ITW Rare Skateboard
Skate 19/12/2003 ITW Rare Skateboard
Interview de l'équipe Rare Skateboard, les gars du 91. Pour en savoir un peu plus sur le montage d'une marque. Et aussi et surtout pour le plaisir des yeux.
Joseph Biais. Five-O front. Qui est Rare ? Qui est derrière tout ça ?
Nico Eustache : Le 91 en gros. Les Yvelines et L'ouest de l'Essonne, Evry, Limour...
En fait, je viens de Limour, c'est une ville dont la mairie a toujours fait des trucs pour le skate. En 10 ans, il y a eu 5 skateparks, dont un bowl en béton, qui est toujours là. Il y a eu une période qui a marqué un ralentissement du skate, c'était en 91-94, puis tout le monde s'y est remis. Ensuite, il y a eu une période marrante à Limour où on avait un spot couvert qu'on avait aménagé avec les panneaux des élections, et puis le park a été brûlé par les manouches, ce qui fait que le crew de Limour (les Mighty) s'est rapproché du crew de Bures sur Yvette (Le Foulec) et celui de Pops à Gommets, avec Aster le webmaster du site, et puis Momo, Bouille. Et puis Jay, les gars des Yvelines. Ça faisait 4 villes ensemble, 4 riders qui montent une marque à 4 lettres, c'était vachement cohérent. Avec le whisky, en tout cas c'était cohérent...
Ben Penon : Surtout que le nom Rare, çà correspond aussi à une certaine idée du skate. Un coté précieux...
Nico : c'est rare de rentrer nos tricks.
Ben : Ouais et puis c'est toujours rare de se faire des bonnes sessions, toujours trop rare de trouver des bons spots...
Nico : une fois sur 4...
Ben : On est 4 à avoir monté ça. On est une bande de potes assez nombreuse à l'origine. On avait envie de concrétiser quelque chose. On avait tous plus ou moins fini nos études. Il y en a un qui faisait du graphisme, j'avais fait du commerce, on connaissait déjà Tonton (Christophe Piquard), Yann (Garin) un peu, et on voulait monter un truc. Un jour le déclic et hop on va monter une marque de skate. On a cherché des plans board, on a mis nos thunes. On s'est jetés comme ça sans savoir trop où on allait. On n'a pas fait d'étude de marché tout ça, de toute façon monter une marque de skate, c'est un peu aléatoire, il n'y a pas de chiffre sur le marché, pas d'étude. Au début, c'était simplement pour le kiff. Par contre, on a monté direct une SARL, parce qu'on voulait que ce soit carré. On a commencé à chercher le nom en Octobre 2001, on l'a trouvé en Décembre et on a déposé les statuts en Avril 2002. Les premiers plateaux sont arrivés en juin 2002. On est parti avec 2 modèles, maintenant on en a 4, les tee-shirts, les sweats et les roues devraient venir bientôt. Ca évolue petit à petit.
 
Fred Constant. Début de line en flip. Qui fait quoi ?
Nico (Eustache) est team manager-relation publique
Ben et Aurélien pour le coté administratif relou, gestion, commercial...
Tristan : graphiste, qui a créé le logo. Il avait déjà ébauché ce logo pour son projet de fin d'année d'école de graphisme, et puis c'est devenu Rare skateboard.

En ce qui concerne la fabrication ?
Les boards sont de fabrication 100% européenne. Les boards sont pressées et sérigraphiées en Espagne, chez Jart. Composition érable canadien, parce que c'est le meilleur bois jusqu'à présent.

Il y a d'autres usines que Jart en Europe ?
Ben : J'ai cru comprendre qu'il y en avait une en Angleterre, une autre en Allemagne, et puis une en France : I Deck, mais eux, ils n'ont pas eu trop l'air de vouloir bosser avec nous. Difficile de savoir pourquoi.
Nico : il y a le gars de chez Mouse aussi, mais je crois qu'il la fait à l'artisanale, il a une seule presse et voilà tout. Je crois que c'est lui qui fait les Skate Crew.
 
Nico Eustache en frontside nose bluntslide. En ce moment, on parle pas mal du bois chinois que Dwindle utilise pour ses boards, c'est un procédé auquel vous pourriez avoir recours, sachant que les prix sont beaucoup plus bas ?
Ben : Je suis pas convaincu par le bois chinois. Si les prix baissent, c'est que le bois est moins cher. En plus, apparemment ils font fabriquer leurs boards en Chine, c'est sujet à caution tout ça. A la limite, si notre avantage par rapport aux ricains, ça pouvait être la qualité : tant mieux. Puisque de toute façon, étant une petite structure, on n'a pas les épaules financières pour faire baisser les prix, autant jouer sur la qualité. Surtout que ça ne doit pas poser de problème de conscience aux américains d'envoyer des boards de qualité moyenne en France, ça ne va pas les empêcher de dormir, vu que le débit de boards ici doit être minime par rapport aux USA.

Quand vous pressez des séries de planches, vous en tirez combien ?
Ben : Pour cette dernière série, on en a fait 400. Pour les débuts, on avait commencé avec une toute petite série, 100 de chacun des 2 modèles. On voulait d'abord se faire connaître un peu avant de lancer des plus grosses productions. On verra plus tard pour la suite.
 
Matthieu Hilaire. Vous pensez qu'il y a beaucoup de marques qui se montent sur le même modèle que vous (une bande de potes...) ?
Ben : Oui et non. Avant nous, il y avait Cliché, Cartel, Square un peu, et puis a peu près en même temps que nous, ou peu après, il y a eu Plex, Doble, Mekanism, Elka, tout ça. J'imagine que la plupart se montent dans les mêmes conditions.

Comment vous vous différenciez alors ?
Nico : c'est l'image de marque qui change. On en discutait avec Julien Bachelier, pendant une session avec Soy (Panday) et Tao (Wilfried Mandereau). C'était marrant parce qu'on est tous chez une marque française « débutante » (respectivement Antiz, Minutia et Plex). Et la constante, c'est que c'est ambiance potes, tout le monde est un peu à l'arrache. Même si on essaye tous de faire des trucs carrés, on est encore des gosses. Alors pour se cadrer, c'est chaud. Donc, j'ai l'impression que c'est seulement l'image de marque qui change.
Ben : Mouais, c'est assez dur à expliquer parce que personne ne gère vraiment l'image, c'est compliqué. On essaye juste d'être propre, d'être un peu classieux.
 
Christophe Picard. Fs boardslide à Evry. Sur un plan plus personnel, qu'est-ce que vous a apporté le fait de monter cette marque ?
Nico : Maintenant, je me fais des meufs.
Ben : Ah bah là, y a pas photo. On n'a pas gagné un centime en un an et demi mais je préfère largement avoir fait ça plutôt qu'autre chose. Ou plutôt que rien. Et puis c'était aussi pour découvrir l'autre coté du skate, le coté industrie, voir comment ça se passe. C'est intéressant.

Et alors, déçu ou content de la découverte des coulisses ?
Nico : On savait quand même un peu à quoi s'attendre. Dès le début, on savait qu'on aurait des phases difficiles, qu'on se ferait peut-être pilonner par certain, parce que dans le skate ça parle. Donc, faut pas trop faire chier, tout en faisant notre truc sans se laisser marcher dessus. Héhé, il y en a eu des trucs à deux sous pourtant.
Ben : Pas de déception, je trouve. Ça nous a permis de bouger, de rencontrer plein de gens marrants. Par contre, c'est vrai que, comme dans toutes les industries et sur tous les marchés,ce sont surtout les grosses boites qui s'en sortent bien. Et la concurrence est féroce. Par exemple, V7 baisse ses prix, du coup, les petites boites trinquent un peu. Et il le sait, je pense. C'est la règle du jeu.

A quel point ça peut faire du mal aux petites boites, le fait que V7 baisse les prix ? Les marges sont faibles à ce point ?
Ben : Ça peut les faire chier. Mais bon, il y a d'autres moyens de s'en sortir. La relation amicale avec les shops par exemple. Pour que les shops poussent un peu plus ta marque. Nous, ça se passe bien avec les shops, on aime bien les appeler toutes les semaines.
Nico : Oui, on est assez proche des skateurs en fait. On vient de la campagne, nous ! Par rapport à la scène de Paris, qui est un peu plus renfermée sur elle-même. Du moins pour ce que j'en constate.
 
Matthieu Hilaire. Flip. C'est un peu une des caractéristiques de Rare en effet. D'Orléans à Dijon, de Caen à Melun, on a l'impression que tout le monde vous aime bien.
Nico : Ben disons que quand on va quelque part pour une démo, on y va parce qu'on a envie d'y aller, parce que ça nous fait plaisir. On a envie de montrer ce qu'on sait faire aux skateurs, discuter avec eux.
Christophe : (sur un ton ironico-télévisuel) On a envieuh de partagéeuh notre passion.
Ben : A Dijon par exemple, on a skaté avec les petits. J'ai pas un niveau de malade...
Nico : enfin, si, t'as un niveau de malade (rapport à sa jambe dans le plâtre)
Ben : Ouais, j'ai un niveau de blessé, héhé. Mais il y a 5 ans, j'étais à leur place, et j'aimais bien voir que les gars qui venaient faire la démo ne jouaient pas leur star, qu'ils étaient accessibles.
Nico : On a gardé notre mentalité de minot. Ce qui n'est pas le cas avec les autres blaireaux d'Evry... (Christophe Picard est assimilé à Evry) qui eux se prennent la tête, dans un sens pas très positif. C'est normal, Evry c'est gris, c'est...
Christophe : (sur le même ton ironico-télévisuel) C'est le malaise des banlieues...
Nico : Rigole pas Christophe Picard, c'est vrai, c'est exactement ça. A Evry, ils sont tous aigris. Tu vois Yves, Yann quand il gueule, Tonton quand il fait ses phases psycho, ils ont tous un problème dans leur tête. C'est le malaise des banlieues, il est là, il est réel. Alors que nous, on est content ! On est content d'avoir notre vie.

Vous n'habitez donc pas tous ensemble dans un grand appartement à la Zoo York ?
Nico : Non, je ne pourrais pas habiter avec eux.
Ben : Si on habitait Paris, peut-être qu'on ferait ça, qu'on prendrai un appart' tous ensemble. Mais là, on préfère rester chacun chez soi.
Nico : par contre, on bouffe de l'essence en voiture. Mais bon... Mais tu vois, quand je te dis que quand on a envie d'aller à Dijon, on y va à nos frais, c'est qu'on veut vraiment le faire.
 
Christophe Picard. Crooks à Massy. Vous ne vous faites pas payer pour les démos ?
Nico : Non. On est au début. On a tout à prouver, on ne peut pas se permettre de demander quelque chose. D'abord on essaye de poser ce qu'on fait, et si ça plait plus tard on verra pour se faire payer. J'espère qu'un jour ça arrivera quand même parce qu'on se pose tous des questions sur notre avenir.

A quel moment tu sauras que l'image est posée et que tu as le droit de demander de l'argent ? Est-ce que c'est pas justement en s'arrogeant ce droit qu'on l'obtient ?
Nico : Disons qu'on s'était donné 2 ans au départ. Maintenant, on se dit que ce sera quand la vidéo sera sortie, puisqu'elle est en cours. C'est avec ça qu'on va montrer ce qu'on sait faire. Et puis quand on aura vu un peu plus de pays aussi, qu'on sera distribué plus largement. On y va doucement.
Ben : On est pas mal distribué dans au Nord de la Loire, mais le Sud, on ne connaît pas trop. D'ailleurs, s'il y a des shops qui veulent bosser avec nous...
Sinon, en France, il y a plus de tabou en ce qui concerne l'argent que les ricains. Pour eux, le business du loisir, c'est naturel, tant dans le skate, que dans le cinéma, la musique. Ils n'ont pas ce problème de conscience qu'on peut avoir ici vis-à-vis de l'argent. Je ne dis pas que c'est bien, c'est juste un constat.
 
Yann Garin. Nose blunt front à Evry. [...discussion sur la professionnalisation du skate...]

Les riders de chez Rare, ils sont contents d'être chez Rare ?
Christophe : Oui, sauf qu'ils n'ont pas leur pro-modèle. Moi j'attends que ça.
Ben : C'est le team-manager qui décide qui passe pro ou pas.
Christophe : C'est dommage, le team-manager, c'est un gros connard.


Est-ce que dans le team, vous vous répartissez les types de terrains ? Est-ce que vous avez un spécialiste du rail, un du curb... ?
Christophe : Tout le monde est assez polyvalent mais certains sont plus performants dans des domaines particuliers. Matthieu Hilaire est impressionnant en gap, Fred Constant est super propre en curb, Yann est technique en curb, en flat, en manual. Ils sont forts sur ça. Moi, je suis moins technique, je fais un peu plus de rail. Et Nico, il fait de la merde. Surtout dans sa gestion du team, les pro-modèles tout ça, enfin bon, c'est une autre histoire.

Vous vous donnez des surnoms entre vous ?
Christophe : Moi, ils m'appellent Tonton parce que je suis l'ancien, donc ils ont besoin de marquer cette forme de respect qui est due à un âge ancestral comme le mien. Nico, on essaye de ne pas l'appeler du tout. Enfin, si, il est roux mais il ne l'assume pas, donc on appuie là-dessus jusqu'à ce qu'il finisse par l'assumer. Yann, c'est chichi. Fred, c'est zouille. Enfin bon, question suivante.
 
Christophe Picard. Lipslide. Vous arrivez à vous réunir facilement, sachant que votre team est géographiquement éclaté ?
Christophe : C'est pour Matthieu Hilaire que ça pourrait être problématique parce qu'il habite à Lyon mais finalement ça se passe facilement, il squatte chez moi ou chez Yann. Fred est pas mal à Biarritz mais sinon, pas de souci.

Vous avez des boulots à coté du skate ?
Christophe : Non, pas particulièrement. Yann et Nico, ils ont bossé un peu à Citadium, Fred, il n'a jamais vraiment bossé. Moi, j'étais professeur de méca en lycée professionnel, mais maintenant c'est fini, je suis au chômage...
Ben : Moi je bosse dans une école primaire du coin en tant que surveillant. Aurélien bossait dans un magasin de golf mais il préfère être au chômage. Et Tristan, le graphiste, bosse à plein temps en tant que graphiste.
 
Fred Constant et Nico Eustache. Ok, histoire d'être professionnel, quels sont vos sponsors ?
Nico Eustache: Rare, Globe, Blah Apparel (marque danoise), Skate Crew pour le hardware et le grip, et Aerial Skateshop à Rambouillet.
Christophe Piquard: Rare, Globe, le shop Tribute de Corbeil Essonne (bonjour d'ailleurs), et a priori, je vais recommencer à skater pour Broke Clothing.
Yann Garin : Rare, Globe, Split, Antaflex, Electric, Flyer Trucks.
Matthieu Hilaire : Blah, Rare, Globe, Square, Addicted, Skate Crew.
Fred Constant : Globe, Rare, Split, NSA.
Joseph Biais : Rare, Globe, Aerial Skateshop
Nicola Canu : Rare, Globe, Aerial.
Ben : Par l'hôpital du Kremlin Bicêtre et la Fédération Française de Plâtres...

Remerciements :
Alexandre Taillac pour le site. Momo, Tristan, les graphistes. Simon le kiné, Baktou qui mixe avec Ben, Ludo, Yves Fraweel pour la vidéo, Seb Marchand pour le groupe électrogène et l'organisation, Arnaud Voiturier, Jay... tout ceux qu'on oublie, on va pas en faire 3 tonnes, mais on les remercie.
 
Pif
 
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