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Si l’entreprise qu’il a crée est notoirement connue, on en sait moins sur ce skater de la première heure qui dirige aujourd’hui le n°1 de l’importation dans le florissant secteur du " skate & snow ". Pendant que la plupart d’entre nous n’avaient pas la moindre notion de rentabilité du pop, V7 et ses potes se frottaient aux ricains et écrivaient les pages du freestyle skate ; vous vous rappelez, les boards toutes fines et les enchaînements barjots ?
Lassé de faire l’acrobate, Jean-Marc se lance ensuite dans les affaires et devient le premier importateur moderne français, à une époque (1989) où le nombre de parks en France ne dépassait pas la cinquantaine. Girl , World , Fourstar , Dc , Etnies, Es, Emerica, Baker, 411VM…sont par exemple des labels importés par V7 Distribution. Mais l’homme cultive la discrétion et ne fait pas vraiment partie de ces VIP du skate. Certainement un argument de plus pour le cuisiner un peu...

Jean-Marc, pourrais tu tout d’abord nous affranchir sur ton cursus skato-économique ?
J’ai commencé le skate en 78 à peu près, à l’époque c’était la première vague et j’ai été attiré par ça comme tous les mecs de mon âge. Après, la vague a un peu disparu, il n’y avait plus de compètes, il ne subsistait qu’un noyau dur de peut-être 30 skateurs dans toute la France. Mais les accros sont restés, et nous (Pierre André, José Dematos, Jean Claude Alavoine) on est partis aux USA et dans les autres pays où ça fonctionnait encore. Partout où il y avait des contests, on y allait. Après j’ai trouvé des sponsors aux States et on est devenus pros. Je faisais mes études en France et j’y allais dés que je le pouvais. On allait là-bas faire des compètes et on n’était pas ridicules par rapport aux yankees...
Après, il y a eu V7...
…Oui, au bout de quelques années je commençais à avoir d’autres envies. J’avais d’ailleurs comme projet d’ouvrir un shop à Paris. Le skate repartait bien mais il n’y avait pas encore de skateshop exclusivement skate. J’ai donc commencé à développer mon projet, mais Street Machine a entre-temps ouvert ses portes…
 Tu te serais donc fait griller par la machine ?
En quelque sorte, mais grillé dans la bonne ambiance. Disons qu’on était quand même en 89 et il était risqué d’ouvrir un shop. Alors avec 2 shops, je ne voyais plus l’intérêt.
A l’époque, j’étais notamment sponsorisé par Tracker, qui possédait un distributeur pour la France. Mais les gens de Tracker se sont rendus compte que leur distributeur faisait fabriquer des copies à Taïwan. Du coup ils sont devenus complètement paranos et ils m’ont branchés parce qu’ils me connaissaient. Au début, je faisais Tracker, et Blockhead, qui marchait bien. Ensuite est arrivé New Deal, dont je connaissais les fondateurs. Après il y a eu Rocco et World Industries qui m’a branché ensuite, vogue la galère.
Justement, pourquoi ne pas avoir tenté de t’expatrier au States pour réussir dans le bizz ?
Les premières fois où je partais, j’étais accro et je voulais vivre là bas. Maintenant, je suis bien ici et je sais que je n’aimerais pas y vivre. De plus, l’industrie repartait et il y avait déjà pas mal de monde présent dans ce milieu.
Vu de l’extérieur, le skate bizz semble un univers relax où tout le monde s’entend bien. Que dirais tu sur les relations entre distributeurs , shops , etc… ?
Je pense qu’on a une chance incroyable de travailler dans ce milieu : pouvoir être en basket , jean c’est un avantage énorme. Après, c’est comme partout, ça bosse. Concernant les ambiances , il y a des gens qui font des coups tordus, d’autre pas…
 Quand tu as commencé, tu étais quasiment le seul importateur ?
Je n’étais pas le seul mais c’est vrai que les autres avaient recentré leurs secteurs d’activités sur d’autres domaines que le skate…
…Alors qu’aujourd’hui la concurrence est plus dure…
C’est vrai que ça fait partie des secteurs d’activité qui marchent et ça peut attirer des gens extérieurs qui se disent " ça marche : on s’y met " . Mais il y a aussi plein de skaters qui voient une opportunité professionnelle légitime, comme j’ai moi-même fait à l’époque. Mais le marché est aujourd’hui beaucoup plus développé qu’il ne l’a été .
Quand tu as débuté le skate, ce sport était en pleine mutation. J’imagine qu’il devait être particulièrement excitant de voir des types créer de nouveaux tricks…
Lors de mes débuts, il y avait déjà une scène de pros et ce sont eux qui ont inventé la base. Après, d’autres types ont fait évoluer le skate, Rodney puis d’autres plus tard, Tony Hawk et plein d’autres… je dirais qu’il y a eu plusieurs vagues.
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Justement, penses tu qu’il existe des individualités aussi fortes qu’à l’époque ?
Il y a des personnalités aussi. Maintenant, la façon dont les marques les mettent en avant... Prends l’époque Bones Brigade, il y avait une image bien précise plus ou moins dirigée par la marque. Maintenant, tu prends Baker par exemple, leurs pros sont des punks, et doivent, j’imagine, être punks dans leur tête ; mais la marque communique à fond là-dessus, donc la part de vrai et la part de marketing… Ces mecs là, ils ont une personnalité propre, différente des mecs comme Koston, qui a par exemple une image un peu plus " clean ". Je pense que c’est relativement propre au skate d’avoir des gens dans des délires bien précis mais dans l’ensemble ça n’a pas vraiment changé.
Le skate est un sport issu de l’underground. Certains, pourtant, reprochent aux shops & importateurs de pratiquer une politique de prix élitiste. Le skate est il amené à devenir un sport de riche ? Les prix sont trop élevés tout le monde est d’accord, malheureusement la multitude d’intermédiaires (fabricant-marque-douane-importateur-shop) et les frais de transport aboutissent à des prix élevés en fin de chaîne. C’est sûr que c’est trop cher, en plus le dollar est plus élevé depuis quelques années. Si le dollar baisse de 20 %, tu peux être sûr que les prix baisseront de 20 %
 Que penses-tu alors de l’alternative proposée par les marques européennes ?
Déjà, à ma connaissance, les marques européennes sont toutes fabriquées aux USA. Par contre, il y a moins d’intermédiaires, donc les prix sont légèrement moins élevés. C’est une concurrence pour les marques US, c’est sûr. Maintenant, il y a très peu de marques qui fonctionnent dans différents pays. Tu as par exemple des marques anglaises qui cartonnent en Angleterre et dont personne n’entend parler ici. Il y a des dizaines de marques, c’est du marketing, c’est comme ça que je vois les choses.
C’est la guerre entre les importateurs ?
Non pas trop, après chacun essaie de tirer la couverture vers lui mais pour ma part, je peux serrer la main et discuter avec tout le monde sans problème, bon, c’est mieux que ça a été, quand même.
Par rapport au surf, ne trouves-tu pas que le skate s’est un peu distillé dans le grand bain du marketing ?
C’est à dire ? Niveau business et tout ça ? Je trouve que le business est au jour d’aujourd’hui 10 fois plus présent dans le surf que dans le skate, où tu ne trouves pratiquement que des petites marques dont les proprios sont des skateurs ; alors que dans le surf, c’est loin d’être le cas . Tu vois les mastodontes du surf , ils sont 1000 fois plus gros. Pour eux le marketing est vachement présent et…non je suis pas d’accord (rires). Mais il y a le bon et le mauvais du marketing car il peut aussi faire avancer les choses. C’est ça qui amène les compètes , les tournées…
Depuis quand n’es tu pas monté sur un skate ?
Oh il n’y pas longtemps. J’ai le skate dans le coffre de la voiture et je tape encore des petites sessions, principalement quand les beaux jours arrivent, mais tranquille hein , un peu de free , pas les marches et les handrails et tout…
Que penses-tu de la disparition du freestyle ?
D’abord, c’est en train de repartir. Il y a des anciens qui essaient de remonter le truc. Mais moi je ne suis pas du tout partie prenante là-dedans parce que je trouve que ç’est un peu ridicule…
Ca fait trop ancien combattant ?
C’est pas pour cracher dans la soupe mais les mecs aujourd’hui font les mêmes tricks que nous mais au dessus de marches… Je trouve que c’était bien à l’époque mais que ça n’aurait plus trop d’intérêt aujourd’hui, ça a évolué plutôt pour le meilleur en fait.
Si tu croisais un de tes profs relou, de ceux qui te harcelaient pour que tu skates moins et travailles plus, qu’aurais tu envie de lui dire, au vu de ton parcours ?
(Il réfléchit) Honnêtement, j’ai eu pas mal de chances, mais c’est vrai que j’ai sans doute mieux réussi que certains camarades plus assidus que moi. Mais tu sais, je suis arrivé au bon moment et en toute modestie, j’imagine que j’ai suivi les bonnes opportunités. Et je suis arrivé au moment où c’était creux donc la concurrence était faible, après ça m’a permis de me développer avec le marché. Je n’en tire pas de fierté particulière.
Quel modeste ce Jean-Marc. Alors qu’il pourrait se poser en Don, eut égard à son parcours, il fait amende honorable en invoquant le destin et la conjoncture pour expliquer ses succès. En tout cas, sachez qu’il a su rester cool, et que le " Spirit " se lit encore en lui comme dans le karma d’un jeune Jedi.
Nico Tessier
photos : Christophe Beaucourt alias Boc.
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