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Skate 07/09/2000 Tony Hawk
A L'occasion de sa venue à Paris ce lundi 4 septembre, j'ai eu l'honneur de rencontrer la légende vivante du skateboard, Mister Tony Hawk en personne.
A L'occasion de sa venue à Paris ce lundi 4 septembre, j'ai eu l'honneur de rencontrer la légende vivante du skateboard, Mister Tony Hawk en personne. Je m'attendais à rencontrer un businessman un peu imbu de sa personne. En effet, il était là pour faire la promotion de la nouvelle ligne de wear de Quiksilver qui emprunte son nom, à l'image de Michael Jordan. Il n'en est rien : j'ai rencontré un simple skateboarder, un peu saoulé de toutes ces interviews et autographes, mais ouvert et jamais désagréable. Malgré l'utilisation de son nom et de son image par des jeux vidéos, des shoes, des boards, des fingerskates, un site internet..., il ne semble pas avoir pris la grosse tête. Certes, il a la même moue que quand il skate, il sourit rarement, mais il est humble et cordial. Avant les miennes, il a été assailli de questions sur sa retraite, sur ses rapports ambigus avec le business. J'ai donc tenté d'aborder des thèmes qui l'intéressaient plus. Cependant, voici en résumé ce qu'il a déclaré sur sa vie, son œuvre et le business :
-Tony cesse de faire des contests, mais il continue bien sûr à skater, à donner des démos et à partir en tournée.
-Il n'a jamais été un véritable businessman ou un professionnel du marketing. Tout ce qu'il fait, c'est skater, mais étant devenu un personnage très médiatique, il accepte de prêter son image à certains produits qu'il aime.
Pour le reste, voici le compte rendu de notre entrevue à l'Hôtel California sur les champs-Elysées, dans un cadre super rococo, avachis dans un méchant fauteuil en cuir...

Tu es un vrai athlète, très médiatisé. Tu t'impliques dans le business, semble vouloir que le skate grandisse et soit considéré comme un vrai sport. D'autres, au contraire, revendiquent son côté marginal et désirent qu'il reste underground. Qui détient la vérité ?
Peu importe l'importance que prend le skate, il y aura toujours des gens qui rident pour le plaisir que ça passe à la télé pas. Ca ne changera pas l'Attitude des skaters, la raison pour laquelle nous avons commencé reste toujours la même. Ceux qui veulent rester underground pourront toujours le rester, skater comme ils veulent où ils veulent, garder l'esprit roots. Ce n'est pas parce qu'il y a des skateparks que plus personne ne skate dans la rue ! Les pros qui ont dédié leur vie au skate obtiennent enfin ce qu'ils méritent.

Après tout, le skateboard est aussi difficile (si ce n'est plus) que les autres sports, il n'y a pas de raison qu'ils n'obtiennent pas la même reconnaissance que les autres athlètes.
Bien sûr. Aux Etats-Unis, trop de joueurs de base-ball sont gros et gagnent des millions de dollars alors qu'ils n'ont pas aucune forme physique ! Ils ne font que taper dans une balle. Les skaters se font mal tout le temps et repoussent toujours les limites de leur corps. Ils commencent juste à être appréciés pour ce qu'ils font depuis tant de temps ! Les gens commencent à comprendre que c'est technique, difficile et dangereux. Pendant si longtemps nous étions tellement dénigrés, on nous a toujours pris pour des fous qui se battent de tout. Mais on ne s'en fout pas ! Les risques que nous prenons sont toujours calculés. On s'entraîne comme des malades, il n'y a pas de secret. Nous avons toujours entendu " Ils font ça pour défier la mort, parce qu'ils aiment le risque et l'Adrénaline ". C'est de la connerie ! Heureusement, cette opinion fausse change aujourd'hui, et les parents ne sont plus aussi choqués lorsqu'ils voient leurs enfants skater.

Penses-tu que le skateboard soit une mode ?
Non. Il n'a jamais pris autant d'importance. Effectivement, il y a eu cet effet de mode dans les 70's, au début des 90's, mais aujourd'hui c'est différent. C'est devenu trop gros pour que cela s'arrête.

Depuis Ban This, beaucoup de choses ont changé dans ta vie. Tu es devenu une star internationale, une véritable idole, avec un team (Birdhouse), une marque de shoes (Adio), une ligne de wear (Hawk clothing), un site Internet (Tony Hawk.com), un livre (profession : skateboarder), un jeu vidéo à ton nom et un Fan Club, tu dors dans un hôtel parisien grand standing... Avec tout ça, penses-tu que tu es resté le même ?
Je suis toujours le même : un skater avec la motive. Cependant, je dois assumer beaucoup plus de responsabilités. J'ai une famille, des compagnies dans lesquelles je suis très impliqué... J'ai plein d'obligations, c'est tout.

Quel effet ça te fait d'être engagé dans le gros business, alors qu'à la base tu n'es qu'un simple skater ?
Question organisation, c'est chaud. Parfois, j'ai trop de mal à trouver le temps pour faire tout ce que je dois. Sinon, je m'efforce de toujours garder mon point de vue de skater, je demande toujours aux team-riders ce qu'ils pensent de mes choix et décisions. Je n'ai, et n'aurai jamais un simple regard de businessman.

Comment trouves-tu un équilibre entre le skate et tes jobs plus " sérieux " ?
Je ne prends que les décisions importantes, nécessaires. Je ne m'occupe pas de tout sinon je deviendrai taré. C'est important pour moi d'avoir le temps de skater pour moi, pour me marrer.

Ah ! Tu skates encore pour le plaisir (just for fun) !
Mais bien sûr, qu'est ce que tu croyais ? C'est pour moi le seul moyen d'être créatif.

Dans ces moments là, tu ne skate que des bigs ou tu fais aussi un peu de park, du street ?
Je fais surtout de la big, mais aussi du street, quand je skate avec mon gosse par exemple.

Penses-tu pouvoir encore progresser ?
C'est clair, je peux encore progresser. Je travaille mon style, j'essaye que chaque tricks paraisse tranquille, easy, et il y en a toujours de nouveaux à essayer.

Tu as appris le skate à ton gamin de sept ans ?
Il apprend tout seul, il est à fond dedans et il est très doué. Il se fait parfois un peu mal, mais il s'en fout.

Nous te suivons depuis une quinzaine d'années. Qu'est devenu la mythique Bones Brigade et son unité ? Steve Caballero, Stacey Peralta, Ray Barbee... vous êtes encore potes, ou tu les as perdus de vue ?
Ca dépend. Je vois surtout Lance (Mountain NDLR) parce qu'on bosse sur Fury Trucks ensemble. Stacey fait de la production vidéo, de la TV et ne skate plus trop. Steve skate toujours et ride pour Powell et Vans. Mike Mc Gill a un skateshop à San Diego : il reste derrière la scène. Lance travaille chez Fury et il a The Firm et 411. Tommy travaille chez Deluxe à San Fransisco, je ne sais pas exactement ce qu'il fait. En fait, je vois de temps en temps Lance,Stacey, et Cab parfois mais nous habitons tous loin : Lance à LA, Steve à San José, Tommy à SF...Tu sais, même à l'époque de la Bones Brigade on ne traînait pas toujours ensemble. Bien sûr, nous étions de vrais potes : nous nous retrouvions aux contests, pendant les tournées et les démos, mais nous vivions dans des endroits différents.

Agoride traite des autres sports de glisse. A ce propos, tu cartonnes sur les vagues artificielles (Tony a terminé 2° au Swatch Wave Tour l'année dernière, compète réunissant les meilleurs riders de toutes disciplines sur une vague artificielle NDLR).
C'est vraiment marrant ce truc, d'ailleurs, j'y retourne la semaine prochaine. Par contre, c'est dur ! La board n'a pas d'ailerons, l'eau n'a aucune profondeur : si tu " carves ", ton tail touche... C'est vraiment plus dur que le surf ou le snowboard, que je pratique d'ailleurs.

Retrouves-tu les sensations du surf ou du snow quand tu skates une big ?
Pas vraiment. Parfois, j'ai envie de reproduire sur la vert certains tricks de pipe de snow, mais ta board est attachée, ça n'a rien à voir. Et puis, le surf et le snow s'inspirent plus du skate que le contraire.

Tu as grandi à San Diego, près de la mer, tu surfes beaucoup ?
J'essaye. Le surf fait aussi partie de ma culture.

A propos de surf, que penses-tu d'Internet ? Le net peut-il faire avancer le skate ?
C'est une pure source d'information. Les gens peuvent savoir tout de suite tout ce qu'il se passe partout dans le monde, les nouveaux tricks, l'évolution du style. Sinon c'est trop instructif : comment rentrer des tricks, construire son skatepark... C'est un véritable progrès.

Cela n'a rien à voir, mais je voulais savoir si tu avais ridé des spots français, et ce que tu en avais pensé.
Je viens de skater à Vitry et c'était sympa (Tony y a fait un méchant transfert jamais réalisé NDLR). Mais je regrette trop de n'avoir jamais skaté à Marseille autrement que sur ma console (Il y a le bowl de Marseille dans Tony Hawk Skateboarding 2), ou de n'avoir jamais vu les bassins de la Tour Eiffel vides.



Propos recueillis par John Duff et Frankie.

 
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