|
| Pour cette 2ème édition du Roxy Pro à Fiji, le moins qu’on puisse dire est que les conditions furent capricieuses. Si l’année dernière avait laissé un goût de paradis avec des conditions limpides dignes des plus beaux visuels de Tavarua, cette édition est venue rappeler que Fiji est en zone de bordure tropicale, sujet aux alizés les plus virulents et à quelques périodes de flat. Une finale de surfeuses de latitudes ventées fut donc logique, au terme de laquelle Melanie Redman s’imposait laborieusement devant Heather Clarke. |
|
Une fois encore, Roxy et l'ASP avaient choisi Tavarua / Namotu pour une épreuve "women only" puisque la compétition masculine se déroule à un mois d'intervalle fin mai-debut juin. Un choix idyllique pour les surfeuses si ce n'est le tarif puisque Tavarua / Namotu sont les 2 surfcamps les plus chers de la planète, soit 1550 dollars la semaine pour chacune d'entre elles. A 250 Euros par jour, ça commence à faire cher du barrel mais il faut croire que la demande est là puisqu'il faut réserver jusqu'à 2 ans à l'avance pour certains mois. Les deux îles conjuguent un potentiel de surf de classe mondiale avec différents spots marchant quel que soit l'orientation du vent, la donnée essentielle du surf a Fiji comme sur la plupart des reefs au large d'ailleurs.
|
|
| |
Mais Fiji ne marche pas quelle que soit la houle et c'est ce qui est arrivé les premiers jours. Si Fiji est bien exposée aux houles des Mers Australes, la consistance est moindre qu'à Tahiti par exemple, dû au fait que la Nouvelle-Zélande fait écran aux incidences de houle de S-O, la direction la plus fréquente. Une houle s'atténuant le samedi avant l'arrivée de toute la caravane et l'instabilité des conditions accentuée par de grandes amplitudes de marées (2 mètres a peine mais sur un reef au large, c'est beaucoup), il fallut attendre le mercredi pour que commencent les Trials, remportées haut la main par la nouvelle étoile montante du surf féminin, Sophia Mulanovitch.
Si on parle de la petite péruvienne depuis quelques années, elle s'affirme désormais comme une prétendante très sérieuse au titre mondial dès l'année prochaine. Lors de la première épreuve sur la Gold Coast australienne, elle éliminait Layne Beachley dans un duel historique et à Fiji, elle a montré toute sa hargne par des floaters backside incroyables qui lui ont permis d'effacer Lynette Mac Kenzie, alors première au classement provisoire.
|
|
| |
C'est d'ailleurs lors du premier jour de houle que Sophia a réalisé les plus hauts scores et les meilleures vagues à Namotu Lefts, une vague qu'elle considère comme son homebreak puisqu'elle y a passé de nombreuses semaines. Le 1er et 2eme tour débutèrent a Restaurants, une des gauches les plus parfaites au monde, déroulant face au restaurant de Tavarua. L'alizé se levant dans l'après-midi, le catamaran-ferry transporta les troupes sur Namotu Lefts où de belles séries se déroulèrent dans un joli 2 mètres. C'est d'ailleurs la première fois que la compet s'y déroule, il a fallu improviser pour tout mettre en place.
Erreur d'inattention ou simple panne mécanique, un des "outboards" de Tavarua, de belles pirogues de 5m armées d'un beau 75 cv Yamaha, cala au moment ou un gros set balayait Namotu. Le scénario fut moins catastrophique qu'à Teahupoo en 1999 ou le photographe Pete Frieden et Marlene s'étaient mangé une vague de 3m avec le bateau. Mais, il fallut que les occupants sautent a l'eau avec leur matos et Pierre Tostee, photographe officiel de l'ASP, ayant trop de choses a bord, ne put tout sécuriser dans les sacs étanches et perdit son 300 mm dans le naufrage.
A la fin de cette journée mémorable, les surfeuses ayant obtenu les meilleurs résultats sur la Gold Coast étaient éliminées, à commencer par Megan Abubo, victorieuse l'année dernière a Fiji.
|
|
| |
Vendredi 3 mai, il devenait impératif de terminer la compétition. Si la journée commençait avec un ciel plutôt dégagé et une houle légèrement en baisse, qui poussait les organisateurs a déplacer le site de compet sur Cloudbreak, le spot le plus exposé de la zone des surfcamps. Une gauche truffée de grosses sections, tenant les houles les plus massives ( comment oublier ce shot de Conan Hayes en bas d'une vague estimée a 20 pieds pour certains et jusqu'a 50 pour d'autres !), capables de capter les moindres effluents de houle. Si c'est flat là alors c'est la mer d'huile partout dans l'ouest de Fiji.
Cloudbreak, malgré sa distance avec les deux îlots, est exclusivement réservé aux pensionnaires des 2 surfcamps, sauf le samedi (jours de rotation des clients) où les locaux et les voyageurs qui s'inscrivent peuvent se partager ce spot de légende.
|
|
| |
Avant que les séries ne commencent, les filles se faisaient le pied sur un bon 2,5m, avec de gros tubes à l'inside. 2 séries plus tard, où Rochelle Ballard barrait la route au retour de Lisa Andersen et où Heather Clark réalisait le plus gros score de la journée avec 2 tubes bien profonds, les alizés de SE se réveillaient et venaient balayer le plan d'eau dans un offshore féroce qui rendait les manoeuvres en haut de vague délicates. Après la dernière série du 3ème tour qui voyait un duel fratricide brésilien entre la jeune (Jacqueline Silva) et l'ancienne (Tita Tavares), le directeur de compétition, Rod Brooks, un vieux briscard du Tour, décidait de suspendre la compet, espérant que le front allait amener une pluie violente qui finirait par calmer le vent. Point du tout.
Pendant ce temps-la, le catamaran-ferry, qui servait de base logistique, se mettait a gîter sérieusement, rendant la vie a bord passablement horrible, provoquant un mal de mer évident chez certaines surfeuses. Eh oui, les surfeuses professionnelles subissent aussi le mal de mer ! Pendant ce temps-la, profitant du break, Pierre Tostee, essayant d'oublier ses malheurs de la veille et Tim Bonython, le vidéaste australien le plus prolifique de ces dernières années, se mirent a l'eau, shootant quelques bonnes vagues, prouvant que malgré un vent force 5, les conditions restaient surfables. La tour des juges, récemment renforcée par de gros câbles en acier, tenait bien en place malgré quelques bouts arrachés par les rafales les plus terribles. A noter aussi parmi les juges, l'arrivée de deux "jugettes", deux australiennes qui permettent de donner une touche plus féminine a la notation globale.
|
|
| |
"Vomir ou concourir, il faut choisir". Devant l'hécatombe des surfeuses subissant le mal de mer et la nécessité de terminer l'épreuve, Rod Brooks relança les séries en augmentant le temps de série à 25 minutes.
Il est évident que sans jet-skis pour remonter chacune des compétitrices, les séries n'auraient pas eu d'autres intérêt que celui d'un pile ou face, la capacité à se placer étant minime. Dans ses murs sauvages, Sophia n'arriva pas à assurer ses manoeuvres et s'effaça devant Serena Brooke. Celle-ci devait perdre plus tard en demi-finale de 0.7 points, tentant un gros floater en fin de vague alors qu'elle aurait dû assurer pour une vague à 4 points. Mais voila, la sono ayant capitulé devant le zef, on ne pouvait entendre les scores. Non seulement elle perdait mais se blessait à la cheville.
Dans le bas du tableau, Rochelle Balard effaçait facilement Layne Beachley, se mettant trop de pression sur les épaules. La journée avançait, le vent ne mollissait pas et la finale eut lieu après un petit break de 10 minutes que Ken Bradshaw, accompagnant Layne sur toutes les épreuves, mettait a profit pour tester une des planches Koa, une évolutive de 7 pieds 4, d'une épaisseur phénoménale.
|
|
| |
La finale fut pathétique, un festival de wipe-outs, indigne du niveau des 2 surfeuses. Tout le monde était rentré dans leur "bure" luxueux et seuls les organisateurs et les photographes assistèrent à cette finale.
La marée descendant, la dernière section devenait très rapide et dangereuse, la fatigue fut déterminante. Pour la sud-Africaine Heather Clark, c'était sa 4ème série de la journée, contrairement à Melanie Redman, qui avait eu la chance de boucler le 3ème tour la veille, ce qui fit la différence dans la prise de risque et à la fraîcheur de rame. Melanie, originaire de Margaret River en Australie de l'ouest, où les grosses gauches avec un vent side/offshore sont fréquentes, totalisa 17.25 alors que Heather n'arrivait qu'à un poussif 10.50. Elle aussi, dans sa région de Cape Town, a l'habitude de ses conditions brouillons mais elle était à bout.
Lors de la remise des prix, par l'entremise de Pauline Menczer, désormais reconvertie en journaliste délurée, on apprit que Melanie et Heather étaient les meilleures amies et que cette finale fut un duel de soeurs, d'une courtoisie sans égale. Melanie Redman-Carr renoue donc avec la victoire puisque depuis J-Bay en 1999, elle n'avait pas remporté d'épreuve WCT. Elle s'était offert quelques WQS dont celui d'Hossegor en 2001, dans des conditions hawaïennes. Elle prend la 2ème place du classement derrière Lynette Mc Kenzie et devant Jacqueline Silva.
Cette année, les favorites sont malmenées, on risque de voir triompher de nouvelles têtes !
|
| |
| Antony "yep" Colas - Fiji |
|
|
| |
|
|